Un “Old-player” vainqueur du Gro’pez ça pense le pez’ comment ?
Interview du 01/09/26
ASMpeasant : Comment et quand est-ce que tu es tombé dans MtG et le format Peasant ?
Pismy: J'ai commencé pendant mes études d'ingénieur à Nantes en 1993, j'avais 20 ans… fichtre.
Eh oui, j'ai eu la chance de commencer tôt, à une époque où les bilands coûtaient 10 francs (sic!). Je me rappelle que lorsqu'ils sont montés à 15 francs j'ai trouvé que ça faisait cher 😅.
Mais je dois dire qu'à l'époque je suis totalement passé à côté de la profondeur du jeu. On jouait dans un parfait format kitchen, avec des créatures pourries (y'avait que ça de toutes façons à l'époque) avec quelques cartes complètement fumées (sol ring, wheel of fortune, strip mine…)
J'ai joué comme ça, sans vraiment comprendre MTG jusqu'à la fin de mes études c.a.d. jusqu'en 1997 puis j'ai complètement arrêté pendant très longtemps par faute de partenaires.
Puis en 2014, je travaillais chez Orange et j'avais un collègue qui avait joué à Magic plus jeune et qui - comme moi - avait gardé ses vieilles cartes et sa nostalgie d'y rejouer. Je ne sais plus comment mais on est tombé sur ce format "Peasant" qui semblait parfait pour se remettre à jouer pour pas trop cher et surtout en ressortant nos vieilles cartes qui nous avaient donné tant de plaisir.
Nous avons monté quelques decks, joué pendant la pause déjeuner deux ou trois fois par semaine, ça nous a vraiment accroché. Un peu plus tard nous nous sommes rendu compte qu'il y avait une communauté à Toulouse, nous nous sommes inscrits à notre premier tournoi (avril 2015). Je me rappelle y être allé avec un homebrew Pestilence, je me suis fait tôler (j'ai rapidement compris que je ne suis pas un buildeur, trop brouillon, pas assez de méthode et de volonté pour aller sérieusement au bout du process d'optimisation).
Nous avons continué à jouer avec mon collègue Mathieu (6sco sur MV) entre midi et deux pendant 7 ans jusqu'à mon départ d'Orange en 2021. Je dois dire que cette période me manque, je ne joue plus aussi régulièrement maintenant. Parallèlement nous sommes devenus des piliers de bar de la communauté Toulousaine qui n'a jamais été très grosse, nous ne sommes pas vraiment parvenus à la faire grandir. À l'époque pré-COVID nous avons parfois été 12 joueurs ou plus à nos tournois mensuels organisés au BlastoDice, un bar à jeux de mon quartier.
Aujourd'hui nous ne sommes plus que 5/6 joueurs réguliers, l'ambiance est un peu "fin de banquet" mais on continue de s'amuser avec ce format passionnant et en perpétuelle évolution (plutôt cool pour un format éternel). Certainement comme tous les joueurs attachés à leur format je regarde avec dédain les joueurs des autres formats en me demandant comment ils peuvent s'amuser dans un format aussi inepte que le standard/modern/EDH/(rayer les mentions inutiles).
Et pourtant, paradoxalement, je n'ai jamais retrouvé l'émerveillement de mes premières parties.
Je me rappelle de games avec un Grizzly Bear avec une demi-douzaine d'auras dessus. Le bon vieux temps…
L'innocence est un truc qu'on perd irrémédiablement quand on commence à jouer plus sérieusement. C'est un peu mon "rosebud" à moi 😉
Comme tu le dis, "l'innocence est un truc qu'on perd irrémédiablement quand on commence à jouer sérieusement" mais est-ce seulement cela ? Ce n'est pas juste inhérent à la pratique régulière (ici) du format et de la recherche de stratégie plus optimale ?
Merci pour la question - elle est presque philosophique. D'où vient précisément cette perte de l'innocence, cette perte de la magie des premières fois ?
Parce qu'au fond, ce n'est pas propre à Magic. Les premières fois sont toujours des moments forts, dans tous les domaines 😉. La vraie question, c'est ce qui fait qu'on perd ça, et qu'on cherche ensuite inlassablement à les revivre alors que l'intensité s’évanouit un peu plus à chaque tentative.
Alors oui, il y a une part d'innocence perdue, liée au fait qu'on se met à jouer plus sérieusement. Mais tu as raison de pointer l'autre facteur : c'est très certainement la répétition. Il y a énormément de situations qu'on a déjà vécues et qu'on revit, et à mesure qu'on les revit, on les reconnaît. Il y a de moins en moins de surprises, les choses deviennent attendues.
C'est très net avec l'expérience : sur beaucoup de matchups, on connaît déjà l'issue de la confrontation avant même d'avoir pioché la moindre carte. Jouer la partie devient pratiquement pénible. Et c'est exactement ça qui tue la magie. Lors des premières parties, on ne sait pas où on va, on découvre tout, tout est nouveau - et toutes les émotions sont fortes.
Quelle est ta carte préférée ?
Honnêtement, difficile à dire - je ne crois pas avoir de carte préférée à proprement parler. Mais s'il faut en choisir une, je dirais Counterspell. Pas forcément pour la carte elle-même, plutôt parce que c'est celle qui incarne le mieux le type de jeu que j'aime à Magic : jouer en réaction, garder du mana ouvert, décider de ce qui a le droit d'exister ou non.
Cela dit, je suis lucide : aujourd'hui Counterspell a été largement dépassée. Le format a accéléré, et elle n'est plus la réponse aussi puissante et définitive qu'elle pouvait l'être aux débuts de Magic. C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles le bleu s'est fait surclasser par d'autres couleurs - le rouge en tête.
Mais ça reste emblématique. Et il y a une certaine ironie à répondre ça après avoir gagné le GroPez avec 19 montagnes 🙂
Quel est ton archétype préfére ?
J'ai toujours été plutôt un joueur contrôle ou tempo. Du coup je n'ai pas vraiment d'archétype préféré à proprement parler, mais j'ai des archétypes que j'ai joués longtemps, toujours avec plaisir - et quand je ressors les decks, le plaisir est toujours là.
Un des premiers en paysan, ça a été U Faeries. J'aimais beaucoup ce deck, je l'ai énormément joué, il est vraiment chouette. Mais j'ai aussi aimé toutes les stratégies bien plus contrôle : Mono Black Devotion, Dimir Control… Ce sont vraiment mes couleurs de cœur.
Et puis plus tard il y a eu UR Skred. À la base, ce n'étaient pas du tout des couleurs que j'appréciais - pas au début de Magic en tout cas. Mais en montant ce deck, elles sont finalement devenues des couleurs que j'aime beaucoup, parce que j'y ai retrouvé exactement les sensations de contrôle qui me plaisent : un peu de card advantage, quelques menaces puissantes, et surtout beaucoup de gestion.
As-tu une anecdote à partager
Deux, en fait.
La première, c'est la préparation de la Coupe de France Peasant 2019. J'ai travaillé pendant plusieurs semaines en amont pour élaborer toute une stratégie autour d'un deck Reanimator joué systématiquement on the draw. Toute cette aventure, je l'ai racontée dans un report qui est toujours disponible.
Et elle est assez illustrative de deux choses. D'abord - je l'ai déjà dit plusieurs fois - que je ne suis pas un très bon builder : ça n'a rien donné, je n'ai fait aucun résultat particulier, et la stratégie du on the draw ne s'est finalement pas avérée aussi disruptive que je l'espérais. Mais ça illustre aussi ma passion pour ce jeu, parce que ça a été l'occasion d'aller au bout d'une approche : j'ai développé toute une série d'outils d'optimisation, et j'ai même écrit un logiciel que j'ai publié en open source. Une période un peu frénétique, et assez représentative de ma manière d'aborder Magic : des intuitions souvent fausses, mais beaucoup d'envie.
La deuxième, c'est une partie d'un side event du GroPez 2023, où je jouais déjà mon UR Skred - c'était peut-être une des premières fois que je le sortais. Je tombe contre zomby (Jérémy), et on fait une partie magnifique. Je ne me rappelle même plus du résultat, on a peut-être fait un draw d'ailleurs, parce que c'était typiquement le genre de partie que j'arrive à contrôler sans réussir à la finir.
La partie a été filmée, je vous partage le lien : https://youtu.be/Fn62UPgLF9M
C'est vraiment le Magic que j'aime. Et je sais que de l'autre côté de la table, Jérémy a lui aussi beaucoup apprécié la confrontation, parce que c'était l'affrontement archétypal par excellence : un deck aggro contre un deck contrôle. Un très grand moment.
Raconte-nous l'origine de ton intérêt pour Fiery Inscription
Il faut remonter à mon deck UR Skred, qui est né de deux choses.
D'abord l'envie de me remonter un vrai deck contrôle : peu de menaces, beaucoup de gestion, de la card selection. Que ce soit du bleu, c'était une évidence. Ensuite, la parution de Tolarian Terror - quand je l'ai vue, je me suis dit « waouh, voilà la bête idéale, celle qui peut être centrale dans un deck contrôle ». Et puis je n'avais jamais vraiment essayé Skred, alors que le format demandait des réponses très tôt : en Dimir, la gestion de créatures n'est pas opérationnelle aussi vite qu'en rouge. J'ai donc tenté Izzet, un assortiment que je n'avais jamais vraiment considéré - je suis très largement un joueur Dimir à la base. Et ça m'a plu.
Sauf qu'assez rapidement, un défaut est apparu. Le deck contrôlait très bien, je gérais souvent bien les menaces adverses… mais je ne trouvais pas les miennes, parce que j'en avais peu. Et même quand elles arrivaient sur table, Tolarian Terror c'est solide, mais ça se fait quand même gérer. Résultat : un deck qui me donnait beaucoup de plaisir mais avec lequel je n'arrivais souvent pas au bout, et pas mal de draws.
C'est là qu'un copain de la communauté toulousaine, VeloO, m'a dit : « dans ton deck, Fiery Inscription, ça pourrait être intéressant. » Je me suis penché sur la carte, et effectivement.
Dans un deck contrôle, le déroulé est toujours le même : au début on souffre, on essaie de survivre et de gérer le board ; ensuite il faut sortir des menaces compliquées voire ingérables pour l'adversaire, continuer à progresser sur le card advantage, et finir la partie. Fiery Inscription venait précisément compléter mon assortiment de menaces, parce qu'elle valorisait tous mes instants et éphémères - et notamment tout le package de cantrips : Brainstorm, Ponder et compagnie. Elle mettait une clock et une pression sur l'adversaire, là où ces sorts ne faisaient jusque-là que creuser. J'ai été séduit immédiatement : elle m'a permis d'accélérer la conclusion de mes parties.
L'autre gros avantage, c'est que c'est un enchantement. Ça complique énormément la vie de l'adversaire en rajoutant de la diversité à mes menaces : il n'y a pas beaucoup de decks qui savent gérer tout à la fois les créatures type Tolarian Terror et les enchantements. Il y a des games où la carte va au bout toute seule, juste parce qu'en face l'assortiment de couleurs ne sait pas gérer un enchantement.
Et c'est exactement je crois ce qui rend le Madness Burn que je viens de monter aussi solide : en remplaçant Guttersnipe - une créature - par Fiery Inscription, qui a le même CCM et pratiquement le même effet, le deck devient nettement plus résilient et bien plus difficile à gérer qu'en version Pauper.
On fait cette interview pile au moment de la sortie de la nouvelle ban liste (E17a) ! Qu'est ce que tu penses de cette annonce concernant le ban ciblant kuldo et la "libération" de FOW.
Ça fait déjà quelques années que je trouve le format trop rapide pour pratiquer le Magic que j'aime, c'est-à-dire les stratégies de contrôle.
Le symptôme le plus net, c'est le poids qu'a pris le toss. Depuis deux ou trois ans, le fait de commencer la partie est devenu déterminant quand on joue du contrôle, particulièrement face à un aggro rapide. Typiquement, contre un deck comme Kuldotha - l'un des plus rapides du format - ne pas obtenir le toss, c'est très peu de chances de gagner avec une stratégie contrôle en face. Ce n'est pas une situation très saine.
Alors oui, c'est une nouvelle annonce du comité qui vient nerfer ce même deck. Mais il faut être lucide : Kuldotha est le deck le plus rapide, c'est vraiment lui qui définit la vitesse du format. Donc je comprends parfaitement la démarche - c'est pour ralentir un peu les choses, et c'est pour le bien et la santé de notre format. Personnellement, j'en suis tout à fait content. J'ai l'espoir que ça permette aux stratégies contrôle et midrange de revenir s'exprimer un peu, et donc de diversifier encore le métagame.
Et au-delà de cette annonce en particulier, je trouve que le travail du comité est toujours très pesé, très expliqué et très motivé. Il y a beaucoup de tests menés en amont, et un vrai suivi ensuite pour mesurer l'impact réel de chaque bannissement ou unban. Bravo et merci à eux, donc. J'aime bien le dicton « ce sont ceux qui font qui ont raison » - et les gens du comité font un très bon travail.
Concernant l'unban de Force of Will, je suis à peu près certain que ça ne va pas peser lourd dans le métagame. C'est une bonne carte, mais le coût reste élevé : pitcher une carte bleue pour contrer, c'est cher payé dans un format où chaque carte compte et où U n’a déjà pas beaucoup de CA. À titre personnel en revanche, c'est un contre bleu, donc très contrôle : il y a de fortes chances que j'en rentre une ou deux dans certains decks, et je suis assez content de pouvoir le faire.
D'autant qu'il y a un petit bonus personnel : comme j'ai commencé Magic il y a très longtemps, j'ai déjà mes FoW. Je n'aurai même pas besoin de les acheter, malgré leur prix 🙂
Le format a connu un apport de carte sérieux avec le Zeta Set mais que penses-tu de la (re)nouvelle ban liste annoncée en réaction (E17b).
Comme pour la banlist E17a, je trouve que le comité a pris une excellente décision. Elle a été rapide, motivée, expliquée, transparente. Elle est pleine de doutes, mais même ces doutes sont explicités - et c'est précisément ce qui me plaît.
C'est quelque chose auquel je tiens y compris dans mon métier : j'occupe un poste de direction et je me méfie beaucoup des certitudes. J'essaie toujours d'agir en étant tout à fait transparent sur les limites de mes connaissances, et de faire part de mes doutes. Le positionnement du comité est là encore excellent de ce point de vue.
Sur les cartes elles-mêmes, je n'ai pas grand-chose à dire - je ne les connais pas encore bien. La seule qui était déjà jouée dans le format, c'est Baleful Strix : une très bonne carte, et son passage en commune va permettre une fois de plus de remettre les stratégies contrôle en avant. Ce n'est pas pour me déplaire. D'autant que le Dimir, ce sont vraiment mes couleurs, et il se trouve que j'avais déjà commencé à réfléchir à me remonter un deck Dimir Control 🙂
Des membres de la communauté à saluer ?
Les membres du comité qui font vivre le format,
Zombie pour toute sa passion.
Et toute la joyeuse bande de Chalonnais si sympathiques qu’on a toujours autant de plaisir à retrouver lors des events nationaux !
Merci à toi pour cette interview
Ecrit par ASMPeasant & Pismy