Faeries en Peasant
18 ans de tempo, de Ninjas et de petites créatures qui refusent de mourir
Faeries en Peasant
18 ans de tempo, de Ninjas et de petites créatures qui refusent de mourir
Il y a les decks qui appartiennent à une époque, et puis il y a Faeries. Depuis les premières listes enregistrées sur Mtg-Peasant jusqu'aux versions UW qui gagnent encore des tournois en 2026, le deck a traversé les différentes générations du Peasant sans jamais réellement disparaître, il a changé de couleurs, il a joué des Ninjas, il a joué Delver, il a joué Favorable Winds, il a parfois ressemblé à un deck contrôle, parfois à un pur deck tempo, parfois à une machine à générer de la value.
Mais derrière toutes ces transformations, une même idée demeure: faire beaucoup avec très peu de mana, et c'est probablement cette philosophie qui explique pourquoi, près de vingt ans après ses premières apparitions, Faeries est encore capable de gagner.
2008-2010, au commencement était le tempo
Les premières traces de Faeries dans la base de données de Mtg-Peasant remontent à la fin des années 2000. À cette époque, le deck est encore relativement facile à définir.On joue bleu, on joue de petites créatures volantes, on joue des contres, on attaque et on essaie de faire en sorte que l'adversaire ne puisse jamais reprendre le contrôle de la partie.
Le principe est ancien, mais terriblement efficace dans un format où les menaces et les réponses doivent être extrêmement rentables, Faeries possède justement une qualité exceptionnelle : ses créatures sont aussi des sorts d'interaction, le meilleur exemple étant évidemment Spellstutter Sprite. Pour deux manas, on obtient une créature volante qui peut également contrecarrer un sort, cela signifie qu'une carte peut simultanément développer le board, attaquer dans les airs, augmenter le nombre de Faeries, protéger le deck et interagir avec l'adversaire, cette philosophie deviendra le cœur du deck pour les années suivantes.
2011-2015
Puis une autre pièce va progressivement devenir indissociable de l'archétype, Ninja of the Deep Hours, présent depuis déjà plusieurs années, celui-ci s'installe ainsi durablement et là, le deck commence à devenir beaucoup plus intéressant parce que les petites créatures Faeries ne sont plus simplement des petites créatures ,elles deviennent des ressources, une Faerie qui a attaqué peut être renvoyée en main, elle peut ensuite être rejouée, et surtout, elle permet au Ninja de transformer une simple attaque en avantage de cartes.
Le plan devient alors : petite créature → attaque → Ninja → carte supplémentaire → Spellstutter → protection. C'est une boucle extrêmement difficile à casser lorsque le joueur Faeries a pris l'initiative, cette période marque donc une évolution importante.
Faeries n'est plus seulement « je joue des créatures volantes et des contres », il devient « chacune de mes petites créatures possède plusieurs vies ». C'est d'ailleurs durant cette période que la première CDF Peasant aura lieu, plus précisément le 19 juillet 2014 qui verra Jérémy Blanchard l'emporter avec son pack Faeries.
2016 : la masse critique
À mesure que les années passent, le deck comprend quelque chose d'essentiel, une Faerie seule est médiocre, six Faeries sont terrifiantes. C'est ici que des cartes comme Faerie Miscreant, Favorable Winds et Cloudfin Raptor prennent tout leur sens, le deck veut créer une masse critique de petites créatures, Favorable Winds transforme alors cette masse en véritable clock. Un board composé de créatures 1/1 ou 2/1 peut soudainement infliger des dégâts considérables. Et le joueur Faeries n'a pas besoin de consacrer beaucoup de mana à ses menaces, c'est précisément ce qui lui permet de garder constamment du mana ouvert, c'est là toute la philosophie du deck la pression vient du board, tandis que le mana reste disponible pour l'interaction.
2017 : l'année où Faeries devient un pilier du format
S'il fallait choisir une année pour représenter l'âge d'or de Faeries, 2017 serait probablement celle-là, la base de Mtg-Peasant est alors remplie de résultats Faeries. On voit des victoires à répétition, des Top 4, des Top 8 et de nombreuses variantes mais surtout, Faeries est explicitement choisi comme l'un des cinq archétypes majeurs du Massive Battery of Tests, aux côtés de Wellspring, Affinity Atog, MBC Devotion et UB Thopter. L'objectif du projet était de tester massivement les principaux decks du format afin d'en évaluer les match-ups, c'est un indicateur très fort de la place du deck dans le Peasant de l'époque.
Faeries n'est pas simplement « un deck qui peut faire Top 8 », il fait partie des decks dont la communauté veut mesurer précisément la puissance, la liste proposée lors du MBT est extrêmement intéressante :
Cette liste mérite qu'on s'y attarde, elle possède une caractéristique remarquable, presque tout coûte très peu cher, le deck peut donc commencer à développer son board tout en conservant la possibilité de jouer Counterspell, Daze, Spell Pierce ou Snap et lorsqu'il manque des cartes, Gush permet de recharger la main.
Le deck peut donc simultanément développer → attaquer → contrer → piocher → recommencer.
Juin 2017 : la machine est parfaitement huilée
Quelques semaines plus tard, Olivier M. remporte un tournoi de 17 joueurs à Clermont-Ferrand avec une liste Faeries qui pousse encore plus loin cette philosophie, la liste contient notamment :
On est presque devant une démonstration mathématique du concept et pourtant, le deck peut contrôler la partie, pourquoi? Parce que ses créatures et ses sorts se complètent parfaitement, une créature volante augmente la pression, une Faerie supplémentaire rend Spellstutter Sprite meilleure, favorable Winds transforme toutes ces créatures en arme de destruction massive, Ninja transforme les petites créatures en cartes, Daze et Counterspell empêchent l'adversaire de stabiliser.
Le deck ne possède pratiquement aucune carte « morte » mais 2017, ce n'est pas seulement Mono-U, c'est aussi l'année où l'expérimentation commence à exploser. On trouve notamment, UR Faeries, UR Faerie CounterTop, Faeries Countertop ,Faeries Snow Top, Eldrazi Faeries et cette diversité raconte quelque chose d'important, les joueurs ne cherchent plus simplement la meilleure liste Faeries ils cherchent la meilleure façon de conserver le moteur Faeries tout en l'adaptant au métagame.
CounterTop : quand Faeries apprend à contrôler
La variante CounterTop est particulièrement intéressante, le principe consiste à ajouter le moteur Counterbalance + Sensei's Divining Top au shell tempo,cela change profondément le rythme de la partie, Faeries pouvait auparavant gagner parce que l'adversaire n'arrivait jamais à résoudre ses sorts, avec CounterTop, le deck possède une deuxième façon de verrouiller la partie. On passe donc progressivement de « Je vais te tuer avant que tu ne puisses reprendre le dessus. » à « même si la partie dure, mon moteur devient de plus en plus difficile à traverser. ». On retrouve cette évolution dans plusieurs résultats de 2017, notamment une victoire d'UR Faerie CounterTop en juillet et une deuxième place d'une Faeries Countertop en novembre, Faeries commence donc à brouiller la frontière entre tempo et contrôle.
2018-2020 : le deck cherche sa prochaine identité
Après cette période extrêmement riche, Faeries entre dans une phase d'expérimentation, les noms changent, les couleurs changent, les moteurs changent mais la base reste reconnaissable. On voit apparaître ou réapparaître Faeries, CounterTop Faeries, Favorable Winds, Ninja Faeries, Delver Faeries ainsi que différentes versions UR.
C'est une période moins facile à résumer par une seule liste mais c'est justement ce qui la rend intéressante. Faeries devient une boîte à outils.
Le 4 avril 2018 lors d'un tournoi Faeries terminera 2ème, piloté par un certain Zombie34, qui n'est nul autre que Jérémy B. plus connu sous le pseudo Zombie33 qui lui terminera 1er du tournoi ce jour-là avec Oketra. Dû à un manque de joueur Jérémy avait du endosser une autre identité secrète.
2021 : le retour des couleurs
En 2021, le site enregistre notamment des variantes UB Faeries et UR Faeries, ainsi qu'une liste appelée Izzet Faerie Meadow, on trouve également des résultats Mono-U, le deck peut donc désormais se déplacer sur l'axe, Mono-U → UR → UB selon ce que le métagame exige.
Le bleu reste le cœur, mais la deuxième couleur devient une manière d'aller chercher quelque chose de particulier, du removal, de la value, des menaces différentes, des réponses de sideboard, le concept évolue donc d'un deck tribal vers un shell tempo.
2022 : Faeries refuse encore de disparaître
En mars 2022, un tournoi de 16 joueurs est particulièrement révélateur, UB Faeries termine 1er, tandis que deux listes Faeries Mono-U terminent 2e et 3e, c'est une situation assez rare, le même archétype occupe pratiquement tout le haut du classement et cela montre que Faeries possède alors plusieurs constructions compétitives simultanément, le deck n'est plus une liste, c'est devenu une famille d'archétypes.
C'est d'ailleurs UB Faeries piloté par Marc P. qui remportera la CDF Peasant le 5 novembre de cette même année.
2023 : l'année de la renaissance
L'année 2023 est probablement l'une des périodes les plus intéressantes de l'histoire récente de Faeries, le site voit apparaître, Faeries, Wind Faerie, Fées vents fav, UB Faeries, Dimir Faerie, Faerie OOM, 8 Ninjas Fées et surtout, les résultats sont nombreux. En septembre, par exemple, Faeries gagne plusieurs événements et une liste UB Faeries termine également première. À Chalon-sur-Saône, un tournoi de 30 joueurs voit même deux Faeries terminer dans le Top 8, aux 3e et 7e places. Cela signifie que le deck reste compétitif même face à un Peasant qui a considérablement évolué depuis 2017.
« 8 Ninjas Fées » : quand le sous-thème devient le thème
Parmi toutes les variantes, 8 Ninjas Fées est probablement l'une des plus révélatrices. Le concept de Ninja était déjà présent dans les listes historiques, mais ici, il devient une véritable identité du deck, les petites créatures servent alors principalement à permettre les attaques et les interactions qui rendent les Ninjas efficaces, on revient à l'une des idées fondamentales de Faeries, une petite créature n'est jamais vraiment une petite créature, elle peut être une menace, une carte pour Spellstutter, un porteur de Ninja, une créature à remonter en main, une cible pour un effet de blink, un élément d'une synergie globale.
2024 : Mono-U et Dimir avancent côte à côte
L'année 2024 est particulièrement intéressante car elle montre deux directions simultanées, d'un côté U Faeries et de l'autre UB Faeries. En février, une liste 8 Ninjas Fées gagne un tournoi de 8 joueurs, tandis qu'une UB Faeries gagne également un événement.En avril, une Wind Faerie termine première puis une U Faeries gagne à nouveau le 27 avril et en mai, UB Faeries gagne encore, la famille Faeries reste donc extrêmement active mais quelque chose commence à changer, le deck doit désormais composer avec des archétypes de plus en plus explosifs, il ne suffit plus d'être efficace, il faut être efficace immédiatement.
2024 : UG Faeries : une nouvelle évolution
Le 25 septembre 2024, une nouvelle variante de Faeries fait son apparition sur Mtg-Peasant avec « Ug Faeries Aesir », piloté par Andriana, qui remporte le tournoi avec 16 joueurs. Cette version conserve le cœur tempo traditionnel de Faeries avec Faerie Miscreant, Faerie Seer, Spellstutter Sprite et Ninja of the Deep Hours mais lui ajoute une véritable composante verte. Le changement majeur vient de The Aesir Escape Valhalla, joué en quatre exemplaires, accompagné de Generous Ent et Malevolent Rumble. Le vert ne constitue donc pas un simple splash, il apporte de nouvelles ressources tout en permettant au deck de conserver son identité agressive de base. Cette victoire marque ainsi l'apparition clairement identifiée de UG Faeries, une nouvelle branche de Faeries qui renouvelle l'archétype après des années de domination du mono-U et des variantes UR et UB.
2025 : Le déclin? Faeries n'est plus toujours au premier plan
2025 marque une période où Faeries est moins omniprésent mais les résultats restent suffisamment bons pour empêcher de parler de déclin définitif, en janvier, UB Fée gagne un tournoi, en juin, UB Faeries gagne encore et en août, Faeries FTW termine premier. Le deck continue donc à gagner, mais il est davantage devenu un choix de spécialiste et c'est peut-être une bonne chose, Faeries n'est plus forcément le deck que tout le monde doit battre, il devient le deck que quelqu'un qui connaît parfaitement le métagame peut choisir pour exploiter ses faiblesses.
2026 : Faeries change encore de peau
Et c'est là que l'histoire devient vraiment intéressante parce qu'en 2026, Faeries revient avec une apparence presque nouvelle. Le 8 mai 2026, SyckhoPast remporte un tournoi Mtg-Peasant avec UW Faeries, la liste est très différente du Faeries de 2017, elle contient notamment :
Et cette liste raconte à elle seule l'histoire entière de Faeries, la grande mutation, les ETB, Faerie Seer améliore les pioches, Spellstutter Sprite contre, Cloud of Faeries permet des séquences de mana extrêmement efficaces et Kor Skyfisher permet de reprendre une créature ou un permanent pour le rejouer puis Ephemerate transforme cette capacité en véritable moteur de value.
Le deck n'utilise donc plus seulement ses Faeries pour attaquer, il les utilise comme des permanents à effets réutilisables, c'est une évolution majeure, le Faeries de 2017 voulait essentiellement faire menace → tempo → protection, le Faeries moderne peut faire ETB → blink → retour en main → nouveau ETB → value → tempo. La philosophie reste identique mais le moteur est devenu beaucoup plus sophistiqué.De Cloudfin Raptor à Pixie Illusionist, cette évolution peut même être symbolisée par deux cartes.
En 2017, Cloudfin Raptor représentait parfaitement le plan, jouer beaucoup de créatures → grossir la menace. En 2026, Pixie Illusionist représente quelque chose de différent, utiliser une petite créature pour améliorer les interactions et la stabilité du deck. La créature n'est plus seulement là pour faire des dégâts, elle participe au fonctionnement global du moteur, c'est une différence subtile mais fondamentale et Gush est toujours là.
Il y a pourtant une constante amusante avec Gush. Le sort qui permet de transformer deux îles en cartes supplémentaires reste présent dans la liste UW de 2026, c'est presque symbolique, entre la liste proposée pour le MBT de 2017 et la UW Faeries victorieuse de 2026, énormément de choses ont changé mais Gush est toujours capable de faire exactement ce qu'il faisait neuf ans auparavant, recharger la main sans demander au deck de ralentir.C'est peut-être ça, finalement, l'essence de Faeries.
Une autre constante, Spellstutter Sprite
S'il ne fallait conserver qu'une seule carte pour raconter l'histoire de l'archétype, ce serait probablement elle, Spellstutter Sprite. Elle apparaît dans les listes emblématiques de 2017 et elle est toujours jouée en quatre exemplaires dans la UW Faeries victorieuse de mai 2026. Entre ces deux dates, le deck a changé de couleurs, de menaces, de moteurs et de stratégies mais Spellstutter Sprite est restée parce qu'elle représente exactement ce que Faeries veut être, c'est à dire une menace qui est aussi une réponse.
Faeries en 2026 : plus vraiment tribal
C'est probablement la conclusion la plus intéressante de cette évolution, le Faeries de 2008 pouvait être décrit comme un deck tribal, celui de 2017 était déjà davantage un deck tempo, celui de 2026 ressemble encore davantage à un engine tempo. Les créatures sont choisies parce qu'elles interagissent entre elles, les effets d'arrivée en jeu sont réutilisés, les petites créatures permettent les contres, les contres protègent les petites créatures, les créatures génèrent du mana ou du card advantage, le blink permet de recommencer, le deck entier fonctionne comme une petite machine et pourtant, le plan de jeu n'a presque pas changé, c'est peut-être le plus fascinant.Si l'on mettait un joueur de 2017 devant la liste UW de 2026, il reconnaîtrait immédiatement le deck, il verrait des petites créatures bleues, des créatures volantes, Spellstutter Sprite, Daze, Gush, des contres, une courbe de mana ridicule, et l'intention de jouer pendant le tour adverse. Le vocabulaire a changé, le moteur s'est modernisé, mais le plan de jeu est toujours là.
2008 → 2026 :
Dix-huit ans pour apprendre à faire plus avec moins, c'est finalement ce qui résume le mieux l'histoire de Faeries.
2008 « J'ai une petite créature et un contre. »
2015 « Ma petite créature devient un Ninja. »
2017 « Mes petites créatures deviennent une armée grâce à Favorable Winds. »
2018 « Je peux aussi jouer CounterTop. »
2022 « Je peux choisir entre Mono-U, UB et UR »
2023-2024 « Je peux construire le deck autour des Ninjas, de Winds ou de dimir »
2026 « Je peux recycler mes ETB, générer de la value, produire du mana et continuer à jouer des contres »
Et malgré toutes ces transformations, une phrase pourrait décrire toutes les générations, « je vais jouer une petite créature et maintenant c'est à toi de jouer autour d'elle ».
Épilogue : le petit deck qui ne veut pas mourir
Les données actuelles de Mtg-Peasant montrent que Faeries n'est plus aujourd'hui l'un des archétypes les plus représentés du format, les résultats récents sont dominés par des decks comme The Rock, Kuldotha, Burn, Storm, U Delver ou Azorius Glitters, mais cela ne signifie pas que Faeries est devenu obsolète, au contraire, en 2026, une UW Faeries gagne encore un tournoi de Mtg-Peasant avec huit joueurs en mai, et une autre UW Faeries apparaît encore en tête des résultats le 17 juin, après dix-huit ans, le deck est donc toujours là, pas forcément au centre du métagame, pas forcément sous la même forme, mais toujours capable de surprendre, et c'est peut-être la meilleure définition possible de Faeries.
Il ne survit pas parce qu'il reste identique, il survit parce qu'il sait changer. Le petit essaim de créatures volantes de 2008 est devenu un moteur tempo sophistiqué en 2026, mais il continue de faire la même chose: prendre un tout petit avantage, le protéger, le réutiliser, puis transformer ce petit avantage en victoire. Dix-huit ans plus tard, Faeries volent toujours et visiblement, ces créatures qui ont fait le bonheur de plusieurs joueurs pendant des années n'ont pas l'intention de se poser.
Ecrit par Percesort