Nous revenons, quelques mois après notre dernière annonce, avec plusieurs changements concernant la banlist.
Entre-temps, le Gro’Pez a eu lieu à Bergerac fin juillet. Comme chaque année, il constituait un rendez-vous particulièrement intéressant pour observer le format, confronter certaines de nos réflexions aux résultats d’un événement IRL important et, surtout, voir évoluer un metagame sensiblement différent de celui de nos tournois online habituels. Le rassemblement de différentes communautés pouvant amener à des résultats surprenants.
Après discussions, observations et différents tests, nous avons décidé des changements suivants :
Débannissements
Force of Will (Force de volonté) est débannie
Feywild Caretaker (Pourvoyeur de la Féerie sauvage) est débannie
Bannissements
Reckless Bushwhacker (Guérillero téméraire) est bannie
Painter’s Studio // Defaced Gallery (Atelier de peintre // Galerie dégradée) est bannie
Le Gro’Pez reste, avec la Coupe de France, l’un des principaux rendez-vous annuels de la communauté Peasant.
Cette édition a notamment réuni 28 joueurs sur le Main Event et 28 joueurs sur l’Open Qualifier Aquitaine, auxquels se sont ajoutés quatre Side Events durant le week-end.
Le Main Event a été remporté par Elves, devant Madness Burn et Bogles. L’Open Qualifier a quant à lui vu Zombies s’imposer devant UB Terror et The Rock.
Au-delà des vainqueurs, le week-end a surtout permis d’observer une grande diversité de stratégies : U Delver, Esper Glitters, Wee Bee, Red Assault, The Rock, différentes variantes d’Affinity, MGA, Tron, Jeskai Control ou encore Kuldotha ont notamment trouvé leur place autour des tables.
Kuldotha était d’ailleurs bien présent, avec quatre représentants sur chacun des deux événements principaux, sans parvenir pour autant à s’imposer : ses représentants terminent 7e, 12e, 19e et 25e du Main Event, puis 7e, 9e, 12e et 23e de l’Open Qualifier.
Ces résultats font évidemment partie des éléments pris en compte dans notre réflexion, mais illustrent également les limites d’une analyse reposant uniquement sur les résultats d’un seul tournoi. Kuldotha n’a pas dominé le Gro’Pez, et notre décision ne repose donc pas sur l’idée que le deck gagnerait systématiquement les événements auxquels il participe.
Nos interrogations concernent davantage son fonctionnement global et la pression qu’il exerce sur le metagame.
Lors de notre précédente annonce, nous avions indiqué avoir commencé à réévaluer Feywild Caretaker.
La carte semblait déjà relativement peu inquiétante dans le contexte actuel. Son coût de cinq manas et son rôle de moteur de value l'oriente clairement pour les decks contrôles, ce qui limite les stratégies capables de l’exploiter.
Le bleu est aujourd’hui principalement représenté par U Terror, UB Terror et différents shells Ux tempo ou contrôle. Les decks qui pourraient réellement chercher à exploiter Feywild Caretaker restent donc relativement peu présents.
Nous avons également pris en compte le contexte ayant conduit aux différents bans autour de l’initiative. La banlist de 2022 avait notamment vu partir trois cartes avec l’initiative ainsi que Dark Ritual, dans un environnement où les stratégies Turbo Initiative représentaient une préoccupation importante. Le contexte est aujourd’hui différent. Nous ne considérons pas qu’un retour de Feywild Caretaker suffise à rendre Turbo Initiative problématique, d’autant que la carte entre directement en concurrence avec Passageway Seer pour les slots d’unco de ce type de deck. Il ne semble pas évident que sa réintroduction dans le format change quoi que ce soit à la place de ce deck dans le metagame.
Les tests réalisés n’ont par ailleurs pas permis de mettre en évidence de shell ou d’interaction nous semblant suffisamment problématique pour justifier son maintien sur la banlist.
Feywild Caretaker est donc débannie.
Force of Will constitue un cas un peu particulier, puisque son bannissement ne peut pas être analysé uniquement à travers son niveau de puissance.
Lorsqu’elle a été bannie, il y a maintenant quatorze ans, la carte était régulièrement jouée dans les decks bleus et son prix était particulièrement élevé au regard du coût moyen d’un deck Peasant. Depuis, le contexte a profondément évolué.
La puissance générale du format a fortement augmenté avec l’arrivée de nouvelles cartes et de nouvelles synergies. Parallèlement, la popularité croissante du Pauper a également modifié l’économie de nombreuses cartes communes aux deux formats. Il n’est aujourd’hui plus exceptionnel que certaines communes très jouées atteignent plusieurs euros, parfois entre 5 et 10 € l’unité.
Le prix de Force of Will reste évidemment très élevé pour le Peasant, autour de 50 € l’unité, et cet élément ne doit pas être ignoré. Il doit néanmoins être replacé dans le contexte actuel du format : le prix des decks compétitifs peut aujourd’hui varier fortement, d’environ 60 € pour certaines listes de Kuldotha jusqu’à plusieurs centaines d’euros pour certains decks, Storm joue notamment quatre Lotus Petal, dont le prix unitaire tourne actuellement autour de 25 €. Mais le prix d’une carte ne représente qu’une partie de la question.
Nos observations montrent également que les decks tempo et contrôle susceptibles de jouer Force of Will n’en intégreraient probablement qu’un nombre limité d’exemplaires, s'ils intègrent la carte.
Les slots d’unco sont aujourd’hui particulièrement disputés. Force of Will entre directement en concurrence avec des cartes centrales pour certaines stratégies, comme Sailors’ Bane ou Saheeli, Sublime Artificer, mais également avec des réponses de sideboard puissantes comme Hibernation ou Energy Flux.
Jouer Force of Will implique donc un véritable coût de construction, auquel s’ajoute son propre coût en cartes lorsqu’elle est lancée gratuitement.
Enfin, rien n’indique aujourd’hui que les stratégies bleues concernées aient absolument besoin de Force of Will pour être compétitives. Des choix de construction sans la carte restent parfaitement possibles.
Au regard de l’évolution du metagame, de la manière dont sont aujourd’hui construits les decks bleus et du contexte économique général du format, les raisons ayant conduit à son bannissement ne nous semblent donc plus suffisantes pour justifier son maintien sur la banlist.
Force of Will est donc débannie.
Le cas de Kuldotha demande davantage d’explications.
Le deck existe depuis plusieurs années, mais a progressivement bénéficié d’un ensemble d’ajouts ayant considérablement amélioré sa régularité et sa profondeur : de meilleures créatures à bas coût, de meilleurs permanents à sacrifier, davantage de card advantage et de nouvelles manières de convertir très rapidement ses ressources en dégâts.
Le problème que nous identifions aujourd’hui ne réside pas simplement dans sa capacité à produire occasionnellement un kill au tour 3. La possibilité pour un deck agressif d'avoir des sorties très rapides ne nous semble pas, à elle seule, suffisante pour justifier une intervention.
Ce qui nous interpelle davantage est l’accumulation de plusieurs qualités au sein du même deck :
la possibilité de kills T3 ;
une très forte pression dès les premiers tours ;
une grande régularité dans sa capacité à être létal autour du tour 4 ;
la possibilité d’infliger les derniers dégâts à distance et
la capacité à repartir rapidement après une stabilisation du board (effet de wrath).
Affronter Kuldotha demande ainsi souvent de répondre simultanément à plusieurs problèmes : préserver ses points de vie, contenir le board et conserver suffisamment de ressources pour éviter que le deck ne reconstruise immédiatement après une première réponse.
C’est cette combinaison, davantage que ses résultats bruts lors d’un événement particulier, qui nous pousse aujourd’hui à intervenir.
Reckless Bushwhacker est l’une des cartes contribuant le plus fortement aux sorties explosives du deck.
Associé à Kuldotha Rebirth, Burning-Tree Emissary et aux nombreuses créatures peu coûteuses du deck, Reckless Bushwhacker permet de transformer très rapidement un board de quelques créatures en une quantité importante de dégâts.
Il contribue notamment fortement aux possibilités de kills T3 et à la difficulté de stabiliser certaines parties dès les premiers tours.
Des alternatives existent, notamment Rally at the Hornburg, mais celles-ci impliquent des concessions et offrent un niveau de puissance inférieur tout en n'étant pas aussi synergique que peut l'être Reckless Bushwhacker.
Le bannissement de Reckless Bushwhacker vise donc principalement à réduire l’explosivité maximale et la régularité des sorties rapides de Kuldotha, sans remettre en cause le cœur de l’archétype.
Reckless Bushwhacker est donc bannie.
Le cas de Painter’s Studio // Defaced Gallery est différent.
Les différents tests réalisés ne montrent pas nécessairement que Defaced Gallery soit la carte responsable du plus grand nombre de kills T3. Son apport se situe davantage dans la pression globale qu’elle permet au deck de maintenir :
Defaced Gallery augmente fortement la quantité de dégâts produite par les créatures du deck, mais son intérêt ne s’arrête pas à l’explosivité d’un tour donné. Des boards relativement modestes restent dangereux, ce qui permet d'éviter au deck de trop s'engager sur le board face à des potentielles réponses ;
Defaced Gallery permet un second souffle en rendant les différents topdecks dangereux après une première stabilisation ou une gestion de masse ;
La pièce Painter's Studio permet elle aussi un second souffle en trouvant de nouvelles ressources dans les parties plus longues.
D’autres cibles ont été envisagées, notamment Goblin Tomb Raider ou Monastery Swiftspear. Les tests et échanges autour du deck nous ont néanmoins amenés à considérer que toucher uniquement une créature agressive supplémentaire risquait de modifier assez peu son fonctionnement global.
Le bannissement de Painter’s Studio // Defaced Gallery cherche donc à agir sur un autre axe : la capacité du deck à maintenir sa pression et à repartir après que l’adversaire a réussi à contenir sa première vague.
Painter’s Studio // Defaced Gallery est donc bannie.
Nous avons évidemment envisagé de ne toucher qu’une seule carte avant d’observer les conséquences sur Kuldotha.
Le problème est que le deck dispose aujourd’hui d’une densité particulièrement importante de cartes efficaces et de plusieurs alternatives permettant de remplacer des éléments sans nécessairement modifier profondément son fonctionnement.
Notre objectif n’est pas de faire disparaître Kuldotha du format.
Nous souhaitons en revanche diminuer la pression qu’il exerce actuellement et faire en sorte que les réponses apportées par l’adversaire aient davantage de poids dans le déroulement de la partie.
Les deux cartes ciblées agissent pour cela sur deux caractéristiques différentes du deck : Reckless Bushwhacker sur l’explosivité et la régularité des sorties les plus rapides ; Painter’s Studio // Defaced Gallery sur sa capacité à maintenir la pression et à repartir après une première stabilisation de l'adversaire.
C’est cette complémentarité qui motive le choix d’un double bannissement.
De plus, un ban simple aurait fait basculer le choix d'unco vers celle encore disponible, ce qui n'aurait eu qu'un impact parcellaire sur le deck.
Kuldotha Rebirth a aussi été considéré comme potentiel ban, cependant la carte est peu impactante dans les premiers tours lorsqu'elle n'est pas accompagnée d'un boost ou de la célérité. Rally at the Hornburg proposant des mécaniques similaires, nous pensons qu'un ban de Kuldotha Rebirth n'aurait pas été suffisamment impactant.
Ces quatre changements devraient nécessairement modifier une partie du paysage actuel.
L’affaiblissement de Kuldotha pourrait ouvrir davantage d’espace à des stratégies actuellement contraintes par sa vitesse et sa pression. À l’inverse, le retour de Feywild Caretaker et Force of Will pourrait permettre l’émergence ou le retour de constructions aujourd’hui moins présentes.
Il serait néanmoins hasardeux de prédire exactement les conséquences de ces changements sur le metagame.
Comme toujours, nous préférons laisser les joueurs expérimenter et observer ce qui émergera réellement des prochains événements avant d’en tirer des conclusions.
Nous souhaitons enfin remercier l’ensemble des personnes qui continuent à organiser des tournois Peasant, quelle que soit leur taille.
Le Gro’Pez constitue évidemment l’un des temps forts de l’année, mais la vie du format repose tout autant sur les événements réguliers organisés tout au long de l’année, online comme en physique. Nous pensons notamment aux communautés qui parviennent à maintenir des rendez-vous réguliers, comme à Groningen, mais aussi à tous ceux qui organisent localement des événements et permettent au Peasant de continuer à vivre.
La prochaine grande échéance sera désormais la Coupe de France, qui constituera également un premier rendez-vous majeur pour observer le format avec cette nouvelle banlist.
D’ici là, nous espérons que ces changements donneront envie de tester de nouvelles choses, de ressortir certains anciens decks, d’en construire de nouveaux et de continuer à explorer le format.
Et, indépendamment des résultats, nous souhaitons surtout que chacun continue à prendre du plaisir à jouer et à faire vivre le Peasant, online comme autour des tables.
À bientôt autour des tables.
Le Comité Peasant